Tribune publiée le mardi 8 juillet 2008 dans toutes les édtions du Journal Ouest-France - Rubriques : Point de vue
Il faut réorienter le plan cancer
par Martine BILLARD, André CICOLELLA, Marie-Christine BLANDIN et
Cécile DUFLOT (*)
L'objectif affiché lors du lancement du plan cancer était la diminution de 20 % de la mortalité en 5 ans. Cet objectif n'a pas été atteint et le
cancer est devenu en 2004 la première cause de mortalité.
Certes, la mortalité a régressé légèrement, mais ce recul est lié à des types de cancers dont le pronostic est le plus mauvais (cancer du poumon,
cancer de l'oesophage). Ce recul n'est pas dû aux progrès thérapeutiques qui restent faibles pour ces cancers, mais à la lutte contre le tabagisme et l'alcoolisme.
L'augmentation de l'incidence du cancer continue, par contre, sur la même lancée que celle des dernières décennies : 250 000 nouveaux cas en 2002, 320
000 en 2007, soit 28 % d'augmentation. Cela démontre que le plan cancer n'a eu aucun impact en ce domaine. 640 millions d'euros ont donc été dépensés pour aboutir à un résultat
mince.
Il faut remettre en cause la stratégie d'un plan conçu avec les idées des années 70, principalement basé sur la recherche de médicaments anti-cancer.
En matière de prévention, la stratégie du plan cancer ne repose que sur tabac et alcool. La Cour des comptes évoque clairement dans son rapport « les carences de l'Etat face aux
cancers
professionnels et environnementaux ».
Cette carence est due à la cécité des responsables de l'Institut national du cancer en ce qui concerne les causes environnementales.
L'INC est coauteur du rapport des Académies de médecine et des sciences, publié en octobre dernier, qui n'attribue que 0,5 % des causes de cancer à la
pollution. Aux Etats-Unis, l'Institut national du cancer estime au contraire que deux cancers sur trois sont liés à l'environnement !
Cette négation du rôle de l'environnement se retrouve dans la carence en outils d'observation. L'échec de la lutte contre le cancer provient aussi du
dispositif de sécurité sanitaire qui continue d'être géré comme si le principe de précaution n'existait pas.
L'actualité récente le démontre. Une étude italienne de haut niveau montre que l'aspartame, cet édulcorant utilisé par 200 millions de personnes dans
le monde, induit des tumeurs mammaires, et des leucémies chez le rat exposé dès la gestation à cet édulcorant.
Information déficiente
Pourtant, aucune information au public n'a été faite par l'Agence française de sécurité sanitaire de l'aliment. Pas plus de réaction devant le
problème du Bisphénol A (BPA), cet additif des plastiques utilisé dans les biberons, alors que le Canada a commencé à prendre des mesures d'interdiction sur la base du rapport du «
National Toxicology Program » qui estime que celui-ci induit « des effets sur le système nerveux et hormonal des foetus, des nouveau-nés et des enfants ». Les Verts ont demandé
l'interdiction de la commercialisation de ces biberons.
Très inquiétants encore, le plan annoncé de la CNAM visant à ne plus rembourser à 100 % certains médicaments pour les personnes en ALD (Affections de
longue durée), ainsi que les menaces de fermeture de l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail. Cette politique est tragique au regard du drame que
vivent
nos concitoyens, car le cancer touche un homme sur deux et une femme sur trois, et la moitié en meurent.
L'épidémie de cancer doit être au coeur de la réforme du système de santé et d'une façon générale la lutte contre l'épidémie de
maladies chroniques.
(*) Députée ; Chercheur et président de la Commission santé des Verts ; Sénatrice ; Secrétaire nationale des Verts.